De mon enfance sauvage,
de l’ancien temps ou le temps n’était autre
qu’un cycle ascendant et descendant
du soleil et des étoiles dans le ciel,
et où les jours se suffisaient à eux même
De l’ancien monde où l’on imprimait encore
avec ses propres mains des traces dans les choses
pour qu’elles restent et demeurent
-frapper le roc contre le roc
fouir dans la terre
arracher des racines-
J’ai gardé la joie primitive
des matériaux bruts
qu’offre si généreusement
la Nature.
Je hume le vent avec mon grand nez,
je coure,
je glane
terres,
feuilles,
cailloux,
racines,
baies et coques,
carapaces racornies d’insectes
anciennement vivants.
Je laisse s’imprimer en moi le paysage :
Les grandes étendues me traversent,
Les vallons étroits m’entourent
etme bercent ;
Je m’accroupis peut être pour
prêter attention aux toutes petites choses,
semblant débris indifférenciés,
compost en devenir,
et qui progressivement et immanquablement
retourneront
à la terre,
mais
qui peuvent, pour moi,
devenir Trésors,
points de départ d’une quête,
sources d’une Vision.
De mes glanages,
je tire l’inspiration et les matériaux qui
seront la chair et le sang de mes œuvres.
Communion avec la nature ;
Glanage ;
Travail des tensions contraires :
les contradictions intérieurs, les ratages,
les manquements par rapport au moi idéal fantasmé ;
Déplacement : le mouvement, la marche,
les longs trajets d’autoroute,
propices aux divagations mentales, au débridage de
l’imagination ;
Visions ;
Désir d’enfantement ;
Là sont les ingrédients
et les ferments nécessaires.
Puis,
viennent les expériences,
tentatives souvent répétées
pour faire advenir de manière physique
et incontestable,
une Vision.
C’est alors le temps du Jeu
où par la combinaison des matériaux-ingrédients,
la connaissance de leurs limites subtiles,
par leur manipulation savante et inventive,
je tente de faire surgir une Forme,
de faire advenir une Présence :
une Sculpture.
Joie du travail de l’atelier où les heures s’abolissent.
Expériences répétées où j’introduis de petites variations
dans le mode opératoire, afin de circonscrire
les limites propres à chaque matériaux.
Com-prendre la matière,
s’y unir dans un corps à corps intense,
la pétrir ardement afin de lui imprimer une forme ou
la caresser du bout des doigts
et la laisser s’auto-révéler dans des motifs
improbables.
Congruance d’un savoir faire,
d’une main et d’un corps en mouvement, en tension,
et d’une matière qui change d’état,
du plastique au solide
et qui prend forme,
Poïos,
Emergence au monde
d’une entité entièrement nouvelle :
Une oeuvre d’art, peut être.








